Le vignoble le plus haut de France

Selon l’intitulé d’un reportage télé.

Entendez bien un vignoble sur un terroir propice et non quelques souches à touristes cernées de pommes de terre et de seigle à perte de vue sur fond de névés, fières d’atteindre 10° en année exceptionnelle, tentées par un éleveur certes talentueux dans les années 1970 – 80 en un coin de sa ferme et récupérées depuis en coup marketing.

La vigne à Prats est une longue histoire, puisque déjà en 1503 François de Peyrepertuse dans le dénombrement de ses biens, cite 10 journaux de vigne soit 10 journées de labeur. Mais à l’abandon à force des razzias aragonaises. A l’identique de celles de ses fiefs de Roquevert, Séquières et de Rabouillet.

Prats de Sournia 1985

Prats de Sournia 1985

La recherche de 1594 indique la présence d’un mailhol, celui de Mossen* ( Messire ) Perillou. En occitan un malhol est une jeune vigne de moins de quatre à cinq ans, non encore vendangée.  La deuxième moitié du XVIè siècle  marque en France une poussée démographique et par conséquence une régression  de la forêt, en Corbières – Fenouillèdes ce fut le grand retour de la vigne. Certes observé en 2010, cela prête à sourire. Mais encore dans le dernier quart du siècle passé le village était entouré de carignan et d’hybrides jusqu’à une altitude avoisinant les 700 m. cavescooperatives.fr/prats-de-sournia la plus haute de France en altitude sur patrimoine-culturel.caves-cooperatives.fr et sa charpente de type Eiffel.

La mutation viticole, des cépages obsolètes et une moyenne d’âge élevée ont fait que cette époque florissante est révolue. Cliquez sur images.

* La vigne du curé?

Concernant la qualité, le domaine Didier Fabresse médaillé d’or en rouge AOC sur les plus grands concours nationaux, elle n’avait rien à envier aux breuvages que tant de caves particulières de la plaine du Roussillon osent toujours commercialiser, couramment produits sur des parcelles inondées pendant des mois tant les sols y sont argileux, avec tous les profils pédologiques approchés que cela implique. La simple consultation d’une carte des vignobles de France démontre une production sous des climats bien plus défavorisés que celui du Balcon du Fenouillèdes voire surprenants surtout qu’eux ne sont pas sujets à des directives d’arrachages massifs : Vins d’Arbois- Jura, vins d’Anjou, vins de Touraine, vins de Bugey –  Savoie, vins de  Moselle, vins de Bordeaux,  volcans d’Auvergne, terrils du Pas de Calais et même sur les rives du Rhin de Mayence à Coblence et celles du Léman… Contrairement aux régions méditerranéennes, ils ont le droit de chaptaliser ce qui leur permet de rendre buvable leur mixture, en clair boire une de ces boissons revient à se gaver de sucre de betterave. Ce n’est pas la mafia, mais…

Deux toponymes perpétuent la mémoire vigneronne des lieux :

  • La Rasimiére, de rasim = le raisin. Soit un endroit où sont produits les raisins, correspondant aux environs de la prise d’eau de la retenue. Rasimièra selon l’Alibert, vigne haute, treille, cep appuyé sur un arbre, vigne sauvage. Les deux premières interprétations correspondent à ce qui m’a été transmis.
  • Al Claus, l’actuel tennis proche de l’église. Couramment dans les paroisses du Fenouillèdes, Razés, Pérepertusés, Termenés… , ce terme désigne l’enclos du seigneur avec une très forte probabilité qu’il fut planté de vigne dès son origine.

Voilà pour les certitudes historiques. Maintenant sans trop de risque d’erreur, on peut qualifier le passé vigneron de millénaire. On a vu que la bulle de Serge IV en 1011, fait mention d’un alleu, possession de l’abbaye de St Michel de Cuxa in villa Pratis. Hors il est établi que ces moines ou selon un document de 974 ceux de St Père de Rodes, produisaient leur vin à Pézilla. Ce qui éclaire l’ajout en 1933 d’un particule de prime abord choquant, De Conflent, pour l’implantation de la susdite abbaye. Mais alors pourquoi pas Pézilla de Cuxa ? Cela étant au Xe siècle les religieux avaient étendu l’aire de distribution de la vigne jusqu’au plateau de Sault.

Ce qui précède permet par ailleurs de replacer à son juste milieu une allégation commune, diamétralement opposée à la réalité, selon laquelle cette contrée du Fenouillèdes serait soumise à un climat montagnard. Il suffit de comparer les étages de végétation à altitude équivalente avec le Conflent ( Corneilla ou Olette ), le Razés ( Bugarach : col du Linas*), ou les Corbières, pour comprendre que c’est  un aveu d’ignorance, un souci de fierté maladive bien identifié vu de ces hauteurs ou une généralisation excessive répétée sans discernement y compris par des locaux défaitistes. En décembre 2015 la floraison des amandiers précoces était plus avancée en périphérie du village, altitude 600 m et +, que dans le rivesaltais ! Il est ordinaire d’y observer des végétaux à la végétation plus hâtive que dans la plaine littorale.  Ici le chêne vert ou Quercus ilex, arbre emblématique de méditerranée règne en maître absolu très en amont des hauteurs pré-citées.

* En s’approchant de la source de l’Agly, on rencontre la hêtraie sapinière dès 600 – 650 m  !

Laurier sauce ou Baguièr ( Oc ) sur une crête on ne peux plus ventée.

Laurier sauce ou Baguièr ( Oc ) sur une crête on ne peux plus ventée.

 

N’importe quel touriste néophyte en botanique sera frappé par la présence d’agaves du Mexique rescapés du gel de 1986, de mimosas d’hiver* ou d’oliviers et oléastres aux abords du village y compris de la cave coopérative et de l’église, l’endroit le plus à fuir par mauvais temps; Pour ne citer que ces trois genres représentatifs et par ordre de rusticité croissante. Sans doute un effet de cheminée généré par de fortes déclivités, allié à l’exposition et à la nature du sol. A titre anecdotique, les premiers ont péri en masse la même année sur le lido de Barcarès – Leucate.

* Venez en semaines 7 – 8 à 12, le village en est ourlé d’or.

Caractéristiques climatiques à propos du fond de vallée qu’est Sournia à 525 m d’altitude :

  • Pluviométrie annuelle : 723 à 750 mm. Des valeurs nettement inférieures sur le Document d’objectifs Natura 2000 / année 2011 selon lequel nous serions à la jonction des courbes pluviométriques 500 à 600 mm et 600 à 700 mm. Laquelle faire prévaloir? La physionomie des chênes verts et des buplèvres le long de la Départ. 7 plaide pour la 500 à 600 mm.
  • Température annuelle moyenne : 13,0°.
  • Température moyenne janvier : 5°.
  • Moyenne minimas janvier : 0,8°.
  • Isotherme moyen annuel : 12° à 13°. Logiquement il est probable que la station à oléastres, dont nous allons traiter, bénéficie d’une courbe isotherme  plus proche de celle à 15°3 plaine du Roussillon.
  • Autres données sur L’Inventaire Forestier National de 1990 à la page 18.

Nous comparons régulièrement la température entre le versant nord et venté de Prats village à 634 m  et un site abrité* à 33 m proche de Rivesaltes,  on est très en dessous des barèmes à l’emporte pièces signifiant un degré de perdu en s’élevant tous les soixante à cent mètres**, l’écart quand il est effectif et négatif se situe généralement dans une fourchette de 3°, 8 le matin  à 4°, 3 l’après – midi par vent de N.O. moyenne issue de 42 relevés, seulement 22 pour ce qui suit.

La différence oscille autour de – 1° en conditions maritimes, hors journées à températures supérieures sur le Balcon du Fenouillèdes en comparaison du littoral, c’est à dire couramment + 2° à 3°.

Les écarts réels doivent être légèrement inférieurs puisque les expositions correspondantes aux relevés ne sont pas similaires.

* Zone de l’oranger en plein champ, le Myrtus communis et le caroubier/Cératonia siliqua y sont spontanés.

  ** Soit – 6° à 7° concernant 2 journées sur les 42 retenues,  seulement effectif lors des épisodes de cers  ( Tramontane des catalans, vent froid venant du nord – ouest ) les plus forts de l’année ou d’orage limités à l’un des 2 sites. Si l’orage est cantonné au rivesaltais, cette différence de températures sera inversée ainsi que sous régime de foehn.

Revenons en à la tradition oléicole, deux variétés locales sont à retenir pour leur taux de résistance au fameux gel de 1956 :

  • “Pomal” Arbre vigoureux abondamment fructifère. A l’olive de belle taille produisant une huile d’une grande finesse.
  • “Redoneil” Egalement sans alternance de récolte et rustique, traduisez d’une bonne tenue face au gel. Le nom correct semble être Redondal, varieté à fruits arrondis comme indiqué.

Les oliveraies se situaient, avant que la chênaie ne les supplante, principalement à Antinés, Carlés et sur le triangle Saixa, Cap blanc, le Ménier. A Saîcha des plantations ont survécu à l’hiver 1956, record de froid inégalé depuis.

  • A voir : Un bosquet d’oléastres ou oliviers sauvages Jouxtant la route de Sournia au  km 3 en partant de Prats, l’altitude avoisine 600 m. Des oliviers si haut !  On est en présence d’une particularité de la France continentale à l’exception de l’arrière – pays de la Riviera où ils prospèrent à une altitude supérieure. Plus d’informations sur la fiche Sentier des ponts romains.

 

Vue rapprochée du même intitulé.

Bosquet d’oliviers sauvages ou oléastres.

Toutes les photos.


 

Fabiére : Graphies conventionnelles, Fabiéro en toulousain et favièra en languedocien

Le scandale des hybrides : Une affaire qui ressemble à celles des laboratoires pharmaceutiques. A Prats comme partout on à planté des hybrides sur incitation gouvernementale. Longtemps après les vignerons ont vu rouge, comme tout finit par se savoir, le scandale éclata. Les ministères étant imprégnés par les grands noms du bordelais, ces derniers purent en connaissance de cause, répandre des boniments qui vantaient ce qui ne pouvait l’être en aucun cas. Ces cercles d’influence ont délibérément cherché à nuire au midi viticole.

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