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La Tour à signaux du Fenouillèdes

C’est une bâtisse carrée, hardie et puissante à la fois presque intacte. On l’imaginerait sacrée si elle n’était ébréchée dans le haut. Ludovic Massé in Visages de mon pays en 1937.

D. Baudrel attribue Prats au mouvement des castras. Selon sa définition : noyaux d’habitat fortement agglomérés autour d’un château. Ce qui situe l’origine au XIe-XIIe siècle. Même datation d’après Annie de Pous à propos de la tour à signaux CR67 BON SOUSCRIPTION 2017 PRATS DE SOURNIA qui fait figure de phare du Fenouillèdes, unique vestige du château des De Peyrepertuse, probablement ruiné au XVIe siècle à l’occasion d’une course des Espagnols. Cependant cette historienne, LA référence du réseau comtal de Castelnou auquel elle attribue Prats, propose une description des tours carolingiennes qui s’apparente à une photographie de celle qui nous occupe :

  • Tour – donjon rectangulaire haute de deux ou trois étages au plus, sur planchers, n’ayant que six à huit mètres carrés d’espace libre à l’intérieur: Une voûte en berceau soutenait la plate – forme supérieure… Les étages communiquaient entre – eux par échelles mobiles… Le parement est en pierres brutes, un peu mieux appareillé aux angles avec des blocs plus gros. La porte d’entrée s’ouvre parfois à deux ou trois mètres au – dessus du sol… Toutes jalonnent la grande voie de transhumance et ses ramifications vers les pasquiers du Capcir. Revue Archéologia, numéro 83, juin 1975.

Fusse en se cantonnant aux historiens du Fenouillèdes Annie de Pous est loin d’être la seule à se contredire.

  • Plus exactement un farahon, élément d’un maillage qui en comptait 36 convergeant sur le château comtal de Castelnou,. Son champ visuel porte très au delà des trois principales dressées dans une fourchette de 20 à 28 kms. En bon état de conservation mais rabaissée à 14 m, la toiture s’étant effondrée dans la première moitié des années 1900. La porte d’entrée de plein pied au Sud – Est  » Signe en cela  » un remaniement. Sophie D’Arthuys architecte de la commune, situe l’originelle au Nord – Est au niveau du premier étage à 3, 50 m du rocher, sans toutefois discerner une occultation ni exclure un accès dès le premier niveau du même côté. Quand au mouchetis de minuscules ouvertures sur chaque façade, révélées par la restauration de 2018 – 19, d’après l’archéologue David Maso ce ne seraient point des meurtrières mais plutôt des trous d’aération, à partir de là il est étonnant que plusieurs de ces  » Trous  » soient agencés en diagonale par rapport à l’épaisseur du bâti. Ce monument a des côtés de 6, 20 m ou 6, 90 m selon deux sources contradictoires et une épaisseur de 1, 70 m à 1, 85 m à la base.

Les fameuses tours principales sont :

  • Força réal à l’endroit de l’ermitage. Une força ou forcia* est une église fortifiée. Réal car édifiée sur ordre du roi d’Aragon en 1172. *Peut s’appliquer au périmètre fortifié entourant la cellera,  nom tardif de celle ci,  laquelle est l’espace protégé de 30 pas jouxtant l’église.
  • La tour Del Far ou de Tautavel éloignée de son castrum. D’après ses éléments architecturaux elle serait du XIIIe ou XIVe siècle. Il est supposé que c’est une réédification. La  » frontière  » de Charles le Chauve passait dans les environs, peut être plus au sud en limite du territoire de Tautavel ?
  • Batère entre la Bastide et Corsavy en Vallespir, également du XIIIe siècle.
Maison rue Prats de Sourcia

Le farahon est la cage en fer dans laquelle le farahoner entretenait le feu nocturne, la fumée le jour. Les signaux étaient codifiés en fonction de l’éloignement de l’ennemi et de l’importance de ses effectifs.

Les farahons ont été logiquement en usage jusqu’au traité de Corbeil en 1258 pour leur fonction initiale. Les siècles suivants ayant été pour le moins agités, ils ont pu être réutilisés face aux menaces des grandes compagnies, des Espagnols, des bandoliers Huguenots…

Lesquels d’historiens privilégier ?

D’un côté et d’après un raisonnement séculairement établi, des historiens avérés de France, quelquefois étiquetés de romantiques par dérision, envisagent encore de nos jours des antécédents Carolingiens voire Wisigothiques. A leur avantage, on a vu que le village et limitrophes le cernant ( Feilluns ? Roquevert ? Vira, Pezilla, St Michel et Ste Félicité, Saîcha, Le Vivier … ), l’église, sont attestés très antérieurement au XI – XII ème siècles et au réseau comtal de Castelnou … Par ailleurs ces éventuels précurseurs auraient eu tort de ne pas tirer profit d’un panorama providentiel borné : A l’Est par les étangs littoraux d’où pouvaient surgir les Maures. Au nord par la barrière géologique des Corbières. Au sud par la serre de Sournia avant poste des cols pyrénéens.

Et de l’autre une version moderne a – priori spécifiquement d’essence catalane selon laquelle l’édification serait contemporaine du réseau comtal de Castelnou dans les Aspres en ex comté de Vallespir soit du XI – XII èmes siècles selon Annie de Pous et divers  » Spécialistes  » plus ou moins sous le voile de la Senyera.

Je n’exclut pas une présomption individuelle sinon, la mémoire locale fait état d’un rôle préventif des incursions mauresques par voie maritime. Ce qui supposerait un édifice antérieur, une gardie ? Mis à part l’occupation du territoire par les Sarrasins au VIIIe siècle. Le péril maure a été constamment revivifié jusqu’en 1134.

Du XIVe au XVIIe siècles Prats relevait d’une branche de l’illustre famille De Peyrepertuse par ailleurs cousine des De Fenouillet. D’abord établie à Rabouillet, siège d’une baronnie puis a Joch en Conflent. Il apparaît que la seigneurie de Joch chevauchait la frontière Aragon-France. A Joch dès 1459, Bernard Bérenger de Peyrepertuse en ayant hérité de sa tante Léonora. Joch avec Finestret, Glorianes, Rigarda, Rodes, Roupidére et Sahorle sont venus compléter l’ensemble Rabouillet, Prats, Roquevert, Sequiéres, Trévillach, voir carte Baronnie transfrontalière XIVe-XVIIIe*. Aux précédents il faut ajouter selon les époques et les legs : Cucugnan, Counouzouls, Trilla (av 1458-1463), Roquefort, Ségure aux portes de Tuchan (XVIIIe), Soulatge (1345 à 1539)… Cela étant si Prats a réellement dépendu de Sournia, ce fut peut être antérieurement ? Et il reste à le démontrer. * Sur article Chronologie.

Le dénombrement ( Recensement ) de 1503 révèle que François de Peyrepertuse tient le château de Prats et que le lieu a souffert des guerres interminables avec l’Aragon. Par conséquent les historiens de référence dont A. De Pous qui raisonnent en considérant que la tour de Prats est isolée de tout château sont dans la méprise totale. Le haut du village demeure désigné Lo Castèl, lequel à nôtre humble avis devait être implanté de part et d’autre de la rue éponyme.

*…. sous le voile de la Senyera.

Cette discordance sur la destination de ce monument à insérer dans une pléthore de désaccords de la même veine, est ainsi de nature à cacher anguille sous roche, s’agirait il d’une des interférences liées au profil global des historiens catalans du Nord patentés ou pas ? Ils sont susceptibles d’être rattrapés par deux de leurs propensions s’appliquant autant au Fenouillèdes qu’ à leur propre histoire et là comble de l’ubuesque on n’est pas tellement dans la dérision. Sans réfuter la convergence sur Castelnou laquelle paraît évidente en se rendant sur place, risques de :

  • .Déni de toute antériorité, héritage culturel, contribution historique non catalane.
  • .Jacobinisme catalan tous azimuts . Ils sont portés à ramener à eux quoi que ce soit qui n’est pas d’essence Sang et Or, comme si la Catalogne Nord pouvait constituer le nombril du monde, le Centre du Monde, là c’est S. Dali qui l’a dit ( S’en est amusé ? ) à propos de la gare de Perpignan. Vous disposez d’un panorama immense d’indications relatives à ces stupidités identitaires sur fenouillèdes.fr, ( Lien plus bas. ) principalement en pages A Propos, Toponymie et Gavach – Gabach au chapitre Conceptions de l’Intégration.

Quoi qu’il en soit ici, si vous vous intéressez à l’Histoire du Fenouillèdes ou de la Catalogne Nord, racontée par les catalans du Nord, vous devez avoir impérativement à l’esprit la probabilité élevée de ces deux travers inavouables. Les Catalans sont catalogués pour ces détériorations identitaires, celles là aussi !

Photos : Une somme très enrichissante, cependant si vous venez de vers Perpignan via la 116, tournez à Ille en direction de Sournia par Montalba le Château. La route de Prades via Catllar, difficultés de croisement, conviendra à ceux qui descendent de Cerdagne ou adeptes de circuits sinueux. Un compromis par le barrage de Vinça puis Tarérach; Voir en pages liminaires des accès plus directs aux perpignanais.

Données complémentaires sur Fenouillèdes.fr en entête des chronologies du XI ème et XII ème siècles.

Pour en savoir plus, cliquez ici. Photos Fenouilledes.com

Vous voulez des liens, quelque soit le sujet, des pages de liens sont à vôtre disposition sur fenouillèdes.fr

Photos disponibles agrandies sur l’album.

Chaque mercredi de juillet et août dans le cadre des Flâneries Culturelles de la communauté de communes Agly – Fenouillèdes, visite accompagnée et gratuite du village sur réservation.